Open letter addressed to the Haitian Protestant Federation, 19 December 2001.
Chers frères et Soeurs en Christ,
Le
Conseil oecuménique des Eglises suit avec une inquiétude grandissante
la détérioration de la situation politique et sociale en Haïti de ces
derniers temps. La recrudescence de la violence, les lynchages comme
celui du journaliste Brignol Lindor le 3 décembre dernier à
Petit-Goâve, les assassinats et les exécutions sommaires font régner un
climat d'insécurité insupportable pour la population, et risquent de
rendre impossible l'accord politique pour lequel ont oeuvré le parti au
pouvoir et les forces de l'opposition.
Tout porte à croire que
ces violences ne sont pas gratuites et ne s'expliquent pas seulement
par la pauvreté extrême à laquelle est condamnée la majorité du peuple
haïtien. Des groupes agissent pour provoquer la terreur et visent
l'élimination physique de certaines personnes ciblées. Il semble bien
que les autorités publiques ne fassent pas tout ce qui serait
nécessaire pour réprimer ces actes. Des témoignages fiables indiquent
même qu'elles puissent y être impliquées ou tout au moins les tolèrent.
Les
récentes informations parues dans la presse internationale sur les
exécutions sommaires perpétrées par des agents de la police, basées sur
un témoignage authentique, font craindre le pire pour l'intégrité et
l'autorité de l'Etat. Le principe de « zero tolérance » fixé par le
gouvernement est compréhensible et répond à l'exaspération d'une
population qui n'en peut plus. Mais cela ne saurait en aucun cas
justifier que des personnes soupçonnées d'actes criminels ou même
prises en flagrant délit soient exécutées sans aucune forme de procès.
Face
à cette situation préoccupante, le Conseil oecuménique des Eglises se
joint aux appels lancés par le Centre oecuménique des Droits de
l'Homme, le Comité des Avocats pour le Respect des Libertés
Individuelles, et d'autres organisations en Haïti pour que les droits
humains soient réellement respectés. Nous demandons instamment au
gouvernement d'assurer le comportement correct de la Police nationale
haïtienne et d'améliorer le fonctionnement des instances judiciaires,
dans le respect de la loi.
Le Conseil oecuménique des Eglises
appelle les partis politiques, notamment la Famille Lavalas et la
Convergence démocratique, de tout faire pour poursuivre et conclure
l'accord politique en négociation. Dans ce contexte, nous demandons au
gouvernement et aux responsables du parti politique au pouvoir
d'empêcher les réactions violentes à la récente tentative de coup
d'état, comme la mise à feu des locaux de la Convergence démocratique,
qui réduisent les chances de faire aboutir les pourparlers. Nous
voulons croire que la conclusion et la mise en oeuvre d'un accord
politique entre les principaux partis peut redonner espoir au peuple
haïtien et ouvrir une voie d'avenir. Sans la volonté de mettre fin à
l'engrenage de la violence et des injustices le pays va au-devant du
chaos total.
Le Conseil oecuménique des Eglises encourage la
Fédération protestante d'Haïti et toutes les églises et communautés
chrétiennes de persévérer dans la recherche du bien pour le peuple
haïtien, à travers la prière, la proclamation de la volonté de Dieu et
les actions, en s'associant à tous ceux que s'engagent pour sortir le
pays du cercle vicieux de l'injustice et de la violence. Nous vous
assurons de notre solidarité et de notre soutien.
En ce temps d
l'Avent, où les chrétiens du monde entier se préparent pour accueillir
Celui qui est le Prince de paix, nous nous souvenons que l'amour
manifesté en Jésus Christ est plus fort que le mal et nous rend capable
d'être des ambassadeurs de la réconciliation. Que Noël soit pour vous
un temps de paix et de renouveau spirituel, qui vous permette à
continuer le bon combat. (2 Tim. 4 :7) Que Dieu vous bénisse et bénisse
le peuple d'Haïti.
Konrad Raiser
Secrétaire général
[TRANSLATION]
Dear Brothers and Sisters in Christ,
The
World Council of Churches is following with increasing concern the
recent deterioration of the political and social situation in Haiti.
The fresh upsurge of violence, lynchings such as that of the journalist
Brignol Lindor on 3 December at Petit-Goâve, assassinations and summary
executions have created a climate of insecurity that is unbearable for
the population, and could make it impossible to achieve the political
agreement that the government and the opposition are seeking.
Everything
points to the fact that the violence is not gratuitous and cannot be
explained only by the extreme poverty to which the majority of the
Haitian people are condemned. Groups of people are aiming to provoke
terror and to physically eliminate certain targeted individuals. It
would seem that the authorities are not doing everything necessary to
stop these actions. Reliable witnesses say that they may even be
implicated in them or at least tolerate them.
Information
supplied by reliable witnesses and recently published in the
international press about the summary executions perpetrated by police
officers leads us to fear the worst for the integrity and authority of
the state. The principle of "zero tolerance" adopted by the government
is understandable and responds to the exasperation of a population that
cannot stand the situation any longer. However, there is no
justification for executing individuals suspected of criminal acts or
even caught red-handed, without any form of trial.
In the light
of this worrying situation, the World Council of Churches adds its
voice to the appeals that human rights be properly respected made by
the Ecumenical Centre for Human Rights, the Committee of Lawyers for
the Respect of Individual Freedom, and other organizations in Haiti. We
demand that the government act to improve procedures in the courts and
to ensure that the national police behave with due respect for the law.
The
World Council of Churches appeals to the political parties, especially
the Lavalas Family and the Democratic Convergence, to do everything
possible to bring the political agreement currently being negotiated to
a successful conclusion. In this context, we ask the government and the
leaders of the political party in power to prevent violent reactions to
the recently attempted coup d'état, such as the setting on fire of
Democratic Convergence offices, as such reactions reduce the chances of
successful talks. We would like to believe that the conclusion and
implementation of a political agreement between the main parties could
bring hope to the Haitian people and open a way forward for them. But,
without the will to put an end to the spiral of violence and the
injustices in the country, the country will descend into total chaos.
The
World Council of Churches encourages the Protestant Federation of Haiti
and all Christian churches and congregations to persevere in the search
for a better life for the Haitian people, through prayer, the
proclamation of the will of God and practical action, in association
with all those involved in trying to break the vicious circle of
injustice and violence in the country. We assure you of our solidarity
and support.
During Advent, when Christians throughout the world
prepare to welcome the Prince of Peace, we remember that the love
manifested in Jesus Christ is stronger than evil and makes us able to
be the ambassadors of reconciliation. Let Christmas be, for you, a time
of peace and spiritual renewal, that will allow you to continue to
fight the good fight (2 Tim.4 :7). God bless you and the people of
Haiti.
Konrad Raiser
General Secretary
The WCC is a fellowship of churches, now 349 in more than 110 countries
in all continents from virtually all christian traditions 
